L’ASEPAM ET SES ACTIVITÉS
   
L’ASEPAM et l’aventure des mines
 
L’Asepam (Association Spéléologique pour l’Etude et la Protection des Anciennes Mines) valorise depuis un quart de siècle les mines du Val d’Argent, avec l’aménagement de plusieurs kilomètres de galeries pour la visite, et l’encadrement de chantiers de fouilles archéologiques.
Il y a plus de trente ans, dans les années 70, des spéléologues passionnés commencent à explorer une partie des centaines de kilomètres de travaux souterrains (galeries, puits et chantiers d’exploitation) creusés par l’homme dans le sous-sol de Sainte-Marie-Aux-Mines. Dix ans plus tard, ces mêmes passionnés prennent conscience que ces vestiges miniers représentent un patrimoine archéologique exceptionnel qu’il importe d’étudier et protéger, dans un premier temps, puis de valoriser ensuite. L’Asepam naît dans ce contexte. S’appuyant sur des techniques de spéléologie minière testées sur place, les spéléologues se transforment en archéologues miniers, et entament la reconnaissance ainsi que l’étude des vestiges souterrains laissés par plusieurs siècles d’exploitation des filons argentifères de Sainte-Marie-Aux-Mines, entre le 9ème siècle et la dernière guerre mondiale. Aujourd’hui, plus de 70km de réseaux souterrains ont été explorés, des dizaines de mines ouvertes, tandis que les installations de surface (carreau minier, fonderies…) ont fait l’objet de fouilles archéologiques via les chantiers jeunes bénévoles qu’organise l’Asepam depuis 1983. S’appuyant sur l’aménagement de la mine Saint-Louis, l’association ouvre chaque année à plus de 8000 personnes les portes de ce monde souterrain tel que l’ont côtoyé les mineurs du 16ème siècle.
 
Saint-Louis, la mine-école
   
 
C’était l’une des mines les plus prospères du Val d’Argent au 16ème siècle. Et parmi les plus belles d’Europe. De plus, facilement accessible (il a tout de même fallu évacuer quelques dizaines de mètres cubes pour parvenir à s’y faufiler) : la mine Saint-Louis-Eisenthür a donc tout pour plaire, et tout pour convaincre le public du caractère exceptionnel du patrimoine souterrain du Val d’Argent. Devenue tout d’abord mine-école pour initier le public spécialisé et servir de porte d’entrée pour l’environnement souterrain, elle a bénéficié d’aménagements réguliers depuis 30 ans pour accueillir et sensibiliser un public de plus en plus large. L’Asepam y a animé de nombreux chantiers de fouille et de reconstitution de matériels ou d’infrastructures minières : puits boisé, pompe à bras, faux-plafond… sur plus d’un kilomètre de parcours, un véritable concentré des technologies de l’époque. Pour un peu, on croiserait un vieux mineur poussant son chien de mine (le chariot servant au transport des déblais). Des animations comme « 1549, ruée vers l'argent» rendent d’ailleurs possible ces rencontres surprenantes.
 
Toute l’année, l’Asepam y organise des visites guidées, en fait des promenades souterraines sans difficulté d’une durée totale de 3 heures. Elle contribue également à l’animation et à la valorisation touristique du Val d’Argent en organisant des visites spéciales comme « Ombre et lumière » en décembre. L’Asepam assure également l’ouverture au public d’une autre mine, Gabe Gottes, aménagée il y a quelques années par l’association « Archéomines ». En 2006, Gabe Gottes s’est prêtée à plusieurs expériences visant à associer l’art contemporain et le patrimoine minier. Le « Jardin de Lune », une œuvre d’art, réalisée par Gerda Steiner et Jörg Lenzling, y avait trouvé refuge et offrait une association détonnante avec le patrimoine minier. Preuve que, même vidées de leur minerai, les mines d’argent peuvent encore réserver de belles surprises.
 
Gisements de patrimoine archéologique
30 ans de Chantiers archéologiques.
 
 
Monuments historiques à part entière, les mines du Val d’Argent représentent un patrimoine qui, aux débuts de l’Asepam, ressemblait plus à un terrain en friche qu’à autre chose. Quant à l’histoire des exploitations minières de Sainte-Marie-aux-Mines, du 10ème au 20ème siècle ainsi que les techniques utilisées à différentes périodes par les mineurs, ils demeuraient encore obscurs aux yeux des spéléologues.
La valorisation de ce patrimoine dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines devait s’accompagner d’une enquête archéologique sur le terrain, pour faire toute la lumière sur ces mines d’un autre âge et représentant un réservoir fantastique de recherche archéologique. Preuve en est, plus de 20 années de fouilles n’ont pas suffi à tarir le sujet ! Depuis 1983, sous l’impulsion de chercheurs émérites comme Pierre Fluck ou Bruno Ancel, et depuis 2001 en partenariat avec l’Inrap (Institut National de Recherches en Archéologie Préventive) et le PAIR (Pôle Archéologique Interdépartemental Rhénan), l’Asepam a organisé plus d’une vingtaine de Chantiers Jeunes Bénévoles dans le cadre de ces fouilles archéologiques programmées dans le Val d’Argent.
Chaque année en été, entre 25 et 50 fouilleurs jeunes et moins jeunes, de toutes nationalités, se relayent sur les sites miniers, évacuent des dizaines de mètre cube de déblais, étudient des vestiges datant du 16ème, du 15ème voire du 10ème siècle : entrée de mine et réseau minier abritant souvent des infrastructures en bois (voie de roulage, boisage de puits) encore en place, carreau minier et ateliers de transformation du minerai, laveries, fonderies, etc… Leur intervention s’applique à la prospection géophysique, au décombrage et à la fouille sensible des sites, au levés topographiques, au traitement du mobilier archéologique (tessons, carreaux de poêle…), aux aménagements, reconstitutions et travaux d’entretien de la mine Saint-Louis ou du sentier minier adjacent…
 
Les Chantiers Jeunes Bénévoles organisés par l’Asepam bénéficient du soutien du Ministère de la Culture, du Ministère de la Jeunesse et des Sports, du conseil général du Haut-Rhin et des collectivités locales. Certains de ces chantiers ont revêtu le label européen « Campus du patrimoine ». En 1991 et en 1994, l’Asepam obtint même le prix national du concours des chantiers de bénévoles.
 
Ces années de fouilles archéologiques et de chantiers jeunes bénévoles laissent derrière elles un bilan éloquent : par le nombre d’opérations réalisées, par les aménagements effectués dans la mine Saint-Louis (la reconstitution de l’entrée de la mine avec un décombrage intégral sur 15 mètres de longueur, par exemple, ou l’étude de la circulation de l’air dans la mine), par les tonnes de déblais évacués le plus souvent à la pelle, par le large champ d’investigations historiques que la fouille de nombreux sites miniers a pu ouvrir. Actuellement, un programme pluriannuel de fouilles archéologiques lancé en 2006 est en cours et concerne principalement le Moyen-Age, un nouveau champ d’étude à défricher et qui a déjà permis aux archéologues de démontrer qu’il y a eu exploitation continue des mines du 10e au 18e siècle. Récemment, une fouille a même livré des élements en bois datés de l’époque romaine. Les mines auraient-elles des ramifications aussi profondes ? À suivre...
 
 
De la spéléologie à l’archéologie minière
 
Les Vosges sont une terre d’élection pour la spéléologie minière. En effet, la spéléologie classique se pratiquant en milieu karstique, en sillonnant des excavations façonnées par l’eau dans le calcaire, il n’existe quasiment aucune possibilité de la pratiquer dans la région. Le massif vosgien regorge en revanche de mines, de la simple galerie de recherche de quelques mètres de long au réseau minier horizontal tout autant que vertical de plusieurs kilomètres.
La vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, qui a connu une intense activité minière du Moyen-Age jusqu’au 16ème siècle et au 18ème siècle, s’est avérée être un terreau fertile pour le développement de la spéléologie minière. Et la réouverture d’anciennes mines éboulées dans les années 70 ainsi que l’exploration de leurs réseaux souterrains ont fait office de déclic.
 
Les spéléologues à l’origine de la réouverture de ces mines, ont été confrontés à un épineux problème technique : par quel moyen procéder pour explorer ces kilomètres de galeries et de puits en toute sécurité ? Ces précurseurs mettent alors en place les prémisses de la spéléologie minière dans le Val d’Argent. Ils parviennent à se frayer un cheminement entre puits et galeries en ayant recours aux techniques de la spéléologie alpine, techniques incontournables pour assurer la reconnaissance des réseaux miniers horizontaux (les galeries) et verticaux (les puits et les dépilages, qui correspondent à la zone d’exploitation du filon)
   
Comme pour la spéléologie alpine, un équipement adéquat s’impose : casque, baudrier, cordes. Plus beaucoup de rigueur et de prudence. Et d’endurance. Quant aux techniques de progression sur cordes, elles sont similaires. La spéléologie minière se différencie donc essentiellement de la spéléologie alpine par sa dimension patrimoniale : on y arpente des galeries de forme ogivale (pour le 16ème siècle), étroites, taillées à la pointerolle (sorte de burin), des puits très rectilignes allant jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. Et partout, se devine la main de l’homme qui a creusé, taillé, vidé. Dans une mine, le regard procure une vision directe du passé, un instantané de l’histoire. Le visiteur qui arpente ces lieux se sent directement dans la peau du mineur qui a creusé ces galeries il y a 400 ans et vit dès lors une étrange aventure. Comme s’il remontait le temps. L’étroitesse des galeries souligne encore plus ce sentiment.
 
 
 
L’archéologie en habits de spéléologue
 

La spéléologie et l’apparition de nouvelles techniques spéléologique étant devenus les outils de découverte d’un nouveau champ archéologique, celui des exploitations minières du Moyen-Age et de la Renaissance, de nombreux spéléologues se sont mués en spéléologues-archéologues, et ont jeté les bases d’une discipline nouvelle, également née dans le sous-sol vosgien, à la fin des années 70: l’archéologie minière.

Présentant un intérêt archéologique évident, le patrimoine minier se prête donc aux opérations de fouilles archéologiques de la même manière qu’une villa gallo-romaine. Sauf que les conditions d’intervention ne sont pas les mêmes… L’exiguïté des lieux, pour commencer. Mais également les risques liés à toute intervention en milieu souterrain. Une logistique spécifique s’avère donc nécessaire : groupe électrogène pour éclairer la zone de fouille, matériel spéléologique pour évoluer dans les meilleures conditions… La méthode de fouille, quant à elle, s’apparente à celle de l’archéologie classique, mis à part le fait que l’on ne pourra pas l’organiser de la même manière. Enfin le réseau dévoilé, il importe de photographier et de topographier tous les éléments retrouvés sur le sol de la galerie.

Le cheminement de l’archéologue minier est le suivant : on commence par étudier les archives à la recherche d’indications historiques. On complète ces premiers éléments par une prospection sur le terrain. L’exploitation minière a modelé le paysage, avec ses haldes (cône de déblais accumulé devant la mine) et ses puits à ciel ouvert, facilitant la recherche d’indices physiques de cette exploitation. Des techniques modernes, comme le Lidar (cartographie précise du sol au moyen d’un laser embarqué à bord d’un avion) ou les prospections géophysiques ont également apporté une contribution précieuse à cette recherche.

S’ensuivent des sondages puis une opération de fouille des structures de surface avant d’envisager l’ouverture de la mine, l’exploration systématique de ses galeries, leur topographie, l’observation des parois pour détecter d’éventuels indices liés à l’utilisation de telle ou telle technique, le relevé de l’équipement de la mine encore en place (puits boisés, échelles, faux-plafonds…). Enfin, l’opération de fouille se conclut sur l’étude géologique du filon, ou plutôt ce qu’il en reste. Quelquefois, les résultats obtenus permettent de reconstituer les équipements miniers et de pratiquer une archéologie expérimentale. La mine Saint-Louis-Eisenthür en l’occurrence a fait l’objet de plusieurs aménagements expérimentaux destinés à mieux appréhender l’évolution des techniques et ce qui a finalement rendu possible le creusement de centaines de kilomètres de galeries dans les Vosges.